Le vrai risque en investissement

par L’équipe Cayas

En investissement, le véritable risque n’est pas seulement la perte en capital, mais le fait que son épargne ne permette pas de financer ses projets au bon moment. Cet article explique pourquoi une stratégie d’investissement efficace doit être alignée sur ses objectifs de vie, son horizon d’investissement et sa tolérance au risque. Il détaille les trois dimensions essentielles du risque financier : le risque que l’on peut se permettre, celui que l’on peut supporter émotionnellement et celui qui mérite d’être pris en échange d’un rendement attendu. En s’appuyant sur des exemples concrets et des principes éprouvés comme la diversification, l’ajustement progressif du risque dans le temps et la maîtrise des frais, il montre comment piloter intelligemment son épargne dans un environnement incertain, sans chercher à prédire les marchés mais en maximisant ses chances de réussite à long terme.

Cet article est une reproduction autorisée de la leçon 4 du parcours pédagogique Cayas.

Quand on débute en investissement, on a tendance à penser que le risque majeur, c’est la perte en capital. Or le vrai risque de l’investissement, c’est que notre épargne ne suive pas nos projets. En clair, c’est de ne pas disposer de l’argent dont on a besoin, au moment où on en a besoin.

Par exemple, imaginons que j’aie trouvé la maison de mes rêves. Elle coûte 200 000 € mais je n’ai que 120 000 € d’épargne. Il me manque donc 80 000 € pour atteindre mon objectif. Je place mon argent et j’épargne pendant plusieurs années, jusqu’à ce que mon épargne totalise 200 000 €.

Parfait ? Dommage, mais non : dans l’intervalle, la valeur de la maison de mes rêves a augmenté et vaut aujourd’hui 300 000 €. Il me manque maintenant 100 000 € pour atteindre mon objectif là où quelques années auparavant, il ne me manquait que 80 000 €.

Mon épargne a fructifié, mais mon objectif s’est éloigné.

Construire une stratégie financière alignée avec ses objectifs de vie

Une stratégie financière bien construite consiste à choisir des investissements qui vous rapprochent de vos objectifs.

L’éducation financière aide à identifier les risques réels. Une fois que vous avez une vision claire du risque, vous pouvez ensuite librement décider de vous y exposer – ou pas.

On peut évaluer le risque sous trois prismes :

  • Le risque que l’on peut se permettre par rapport à nos projets.

  • Le risque que l’on peut tolérer émotionnellement.

  • Le risque qui vaut la peine d’être pris.

Risque et horizon d’investissement

Le risque que l’on peut se permettre, c’est celui qui, lorsqu’il se matérialisera, ne nous forcera pas à trop chambouler nos projets de vie.

Le principe est simple : plus votre horizon d’investissement est lointain, plus vous pouvez prendre des risques. Pourquoi ? Parce que l’histoire montre que les crises sur les actifs risqués sont fréquentes, mais passagères.

Si une crise survient mais que j’ai plus d’une dizaine d’années devant moi, pas de panique : j’attends des jours meilleurs pour récupérer les liquidités dont je n’ai pas besoin dans l’immédiat. Mais attention : avec le temps qui passe, il faudra réajuster. Si mon horizon d’investissement est de quinze ans, cela signifie que dans cinq ans, il ne sera plus que de dix ans. Je réduirai alors progressivement mon exposition aux actifs les plus risqués.

Déterminer son horizon d’investissement, sur le papier, ça paraît évident. Dans la vraie vie, ça l’est beaucoup moins. Estimer ses besoins et ses envies à long terme est complexe. Les événements de votre vie peuvent bouleverser vos plans d’investissement plus vite que prévu.

C’est le risque que « futur moi » n’ait pas le même avis que le moi de maintenant.

Pourquoi le temps réduit le risque des investissements risqués

Ce graphique illustre l’importance de l’horizon d’investissement avec deux portefeuilles :

  • Le premier est risqué mais plus rentable.

  • Le second est peu risqué mais moins rentable.

On représente ensuite le portefeuille risqué avec trois courbes correspondant à trois probabilités :

  • La courbe bleue du bas, c’est la courbe très pessimiste. On a 10 % de chances d’avoir moins que ce montant et 90 % de chances d’avoir plus.

  • La courbe bleue du haut, c’est la courbe très optimiste. 90 % de chances d’avoir moins et 10 % de chances d’avoir plus.

  • La courbe verte du milieu correspond au résultat médian, c’est-à-dire qu’on a 50 % de chances d’avoir moins et 50 % de chances d’avoir plus.

Patience et longueur de temps...

Si l’on a besoin de son argent dans deux ou trois ans, le portefeuille risqué n’est pas une bonne idée. Mais si l’on a suffisamment de temps, le portefeuille risqué aura une valeur supérieure à celle qu’on peut attendre du portefeuille peu risqué, même si l’on n’a pas de chance et que le risque se réalise.

Tolérance au risque : trouver le bon équilibre entre rendement et sérénité

Une fois définie votre capacité à prendre des risques, il faut aussi prendre en compte votre tolérance au risque.

Si vous consultez votre portefeuille quatre fois par jour et tombez malade lorsqu’il baisse de quelques pourcents, mieux vaut privilégier votre santé et limiter votre prise de risque. C’est d’autant plus important que si vous jetez définitivement l’éponge pendant une crise, vous ne pourrez pas vous refaire lorsque la crise s’achèvera et que les marchés remonteront.

Si comme la plupart des gens, le risque ne vous enchante pas mais que vous êtes capable de perdre de l’argent sans sueurs froides, vous pouvez trouver un meilleur compromis entre le rendement et le risque.

Le bonheur que procure la richesse n’est pas symétrique : gagner 10 000 € fait très plaisir, mais perdre 10 000 € fait beaucoup plus mal. Ce n’est pas purement psychologique : une perte significative va nous contraindre à faire des sacrifices importants pour notre qualité de vie, tandis que si l’on devient dix fois plus riche, on ne sera pas dix fois plus heureux.

C’est le fondement de l’aversion au risque. C’est pour cela que l’objectif n’est pas de chercher le maximum de rendement à tout prix, mais de trouver le niveau de risque qui permet de maximiser la satisfaction que l’on retirera réellement de son épargne.

La bonne prise de risque

Il n’y a aucun intérêt à prendre du risque pour le plaisir. On prend plus de risque parce qu’on escompte une récompense supérieure. Cela se constate en finance : les actifs risqués, comme les actions d’entreprises, permettent d’espérer un rendement supérieur à celui d’actifs réputés moins risqués, tels que les obligations d’États.

Cet écart varie dans le temps. Parfois, le rendement que l’on peut attendre des actifs risqués n’est pas très supérieur à celui des actifs moins risqués. Dans ce cas, il est raisonnable d’avoir moins d’appétit pour les actifs risqués, surtout si l’on possède déjà le nécessaire pour financer les projets qui nous tiennent à cœur.

Comme toujours en finance, on n’a pas de boule de cristal. Estimer le rendement futur des investissements n’est pas très fiable. Néanmoins, on peut faire des estimations raisonnables et une estimation imparfaite vaut mieux que pas d’estimation du tout.

La prise de risque se pilote donc tout au long de la vie.

Les principes fondamentaux de la gestion du risque

Avec tout ça, quelle est l’approche la plus raisonnable pour les investisseurs individuels ?

Elle ressemble étrangement à des aphorismes de grand-mère pleine de sagesse :

  • On ne met pas tous ses œufs dans le même panier. Concentrer toute son épargne dans ce qui a bien fonctionné récemment n’est pas raisonnable.

  • On ne saute pas dans la rivière avant d’avoir appris à nager. Il ne faut pas investir dans les produits financiers dont on ne comprend pas les risques ou qui sont inutilement complexes.

  • Qui fait le malin tombe dans le ravin. Les marchés financiers sont extrêmement concurrentiels. Penser que l’on va durablement faire mieux que la moyenne, c’est-à-dire qu’on va systématiquement dépouiller les autres investisseurs, est orgueilleux.

  • L’argent ne fait pas le bonheur, même s’il y contribue. L’objectif n’est pas d’accumuler le maximum, car cela induit des risques inacceptables.

  • On ne dompte pas la tempête, on ajuste ses voiles. La personne avisée en investissement se concentre sur ce qu’elle peut influencer : les frais qu’elle paye et les risques qu’elle prend.

L'approche scientifique et pragmatique de Cayas

Ces maximes sont utiles, mais elles ne nous disent pas quoi faire concrètement. C’est là que nous intervenons.

Chez Cayas, nous nous appuyons sur les recherches de scientifiques et financiers de premier plan, qui ont développé des méthodes et des modèles mathématiques pour investir de manière raisonnable.

Ces méthodes ont bien fonctionné dans le passé. Des théories robustes nous laissent penser qu’elles devraient continuer à bien fonctionner dans le futur.

Pour autant, aucune vérité n’est absolue en finance. L’investissement est le royaume de l’incertitude. Une bonne stratégie accroît la probabilité de succès mais ne le garantit pas.

Soyons conscients de nos limites, restons humbles et mettons toutes les chances de notre côté.

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Cette leçon est la quatrième sur vingt-quatre du parcours pédagogique Cayas.

Le parcours est gratuit. Il aborde les concepts essentiels de l’épargne et de l’investissement de manière ludique : des leçons de 10 minutes, des mini-jeux, sans jargon.

Son objectif est de permettre à chacun de progresser à son rythme avant de passer à l’action.


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