Le risque invisible : l’inflation

par L’équipe Cayas

L’investissement n’est ni facile ni sans risque. Cet article démonte les idées reçues et explique pourquoi le risque est omniprésent dans la gestion de l’épargne et des investissements. Inflation, volatilité des marchés, risque de crédit, illiquidité ou concentration : ces risques ont un impact réel et durable sur le pouvoir d’achat et le bien-être financier. L’épargne dite « sans risque » n’échappe pas à la règle : sur le long terme, l’inflation érode silencieusement sa valeur réelle, comme l’illustre l’exemple du Livret A. Pour préserver son pouvoir d’achat, il est donc nécessaire d’accepter une certaine volatilité et de comprendre la frontière floue entre épargne et investissement. L’objectif n’est pas d’éliminer le risque — impossible — mais de l’identifier, de le mesurer et de le maîtriser afin de construire une stratégie financière cohérente avec ses projets de vie.

Cet article est une reproduction autorisée de la leçon 5 du parcours pédagogique Cayas.

L'investissement n'est pas un sujet trivial

Le discours de certains influenceurs sur l’épargne et l’investissement a de quoi séduire.

Investir, c’est simple. Il ne faut presque aucune connaissance pour obtenir de bons résultats. Sur le long terme, il n’y a pas de risque, à court terme on peut s’habituer à la volatilité. Les intérêts composés sont une force cosmique qui couvre d’or ses disciples.

Si seulement c’était vrai.

L’investissement n’est pas un sujet trivial. Notre intuition et le bon sens sont généralement à côté de la plaque dès qu’il s’agit des marchés financiers. Il faut bûcher pour éviter les grosses bêtises.

Nul n'échappe au risque

L’existence n’est pas uniquement constituée d’objectifs à long terme. Les humains changent d’avis et il est difficile d’évaluer ce dont on aura envie dans quelques années. Pour vos finances, la destination n’est pas tout : le chemin compte.

Le risque n’est pas qu’une abstraction : on parle d’argent qui a un impact concret sur votre bien-être. Le risque, lorsqu’il se réalise, peut vous pourrir la vie pour des décennies.

Le risque ne peut jamais être éliminé. Il existe toutefois des outils pour mieux le maîtriser afin d’augmenter votre bien-être financier, tout au long de votre vie.

Cayas, c’est la pilule rouge. À vous de voir si vous l’avalez.

J'espère que vous avez entendu parler de Matrix_. Version courte : les héros font le choix d’avaler la pilule rouge, ils souffrent, mais à la fin, ils gagnent. Sauf le personnage principal, à qui il arrive des bricoles. Ceux qui se contentent de l’autre pilule, la bleue, se font tous avoir. Parfois sans le savoir._

C’est pareil avec vos finances perso.

Les différents types de risque financiers

Le risque a de multiples parfums :

  • L’inflation. C’est le risque qui frappe le plus l’épargne dite « sécurisée ».

  • Le risque de marché. Celui-ci impose parfois de longues traversées du désert à ceux qui investissent.

  • Le risque de crédit. Parfois les emprunteurs ne remboursent pas leurs dettes.

  • La concentration. C’est un problème bien connu des investisseurs immobiliers qui ont un seul bien et ont fait un mauvais casting de locataires.

  • L’illiquidité. Ce risque touche fortement les entrepreneurs et entrepreneuses, qui ont une partie de leur capital bloqué dans leur affaire.

  • Le risque de taux d’intérêt. Celui-ci déroute les novices en leur faisant perdre de l’argent lorsque les obligations se mettent à rapporter plus.

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Ces risques-là, les investisseurs aguerris les connaissent bien et on peut (en partie) s’en prémunir.

Ils ont des cousins sauvages, contre lesquels l’individu est impuissant : guerres, inondations, pollution, criminalité... C’est à l’échelle de la société que se construit la protection et c’est sensiblement plus compliqué que de gérer le risque de vos actifs financiers.

Vous avez tout mon soutien moral si vous contribuez à résoudre ces challenges !

Nous allons nous concentrer sur les risques qu’on peut maîtriser. Pour cela, il faut les comprendre.

Commençons par le premier : l’inflation.

Épargne et investissement

On oppose souvent épargne et investissement. En réalité, la frontière est floue.

  • L’épargne consiste à mettre de l’argent de côté pour financer un projet à un horizon d’une ou deux années, pour gérer les fluctuations de sa consommation courante ou répondre à des imprévus (la fameuse injonction à garder trois à six mois de dépenses – On fera la peau à cette grossière approximation plus tard, mais sachez qu’elle vous coûte probablement cher en coût d’opportunité). Pour cela, on utilise des placements qui présentent très peu de risque de chuter significativement à court terme. On dit que ces placements ont une faible volatilité. (Un placement risqué est dit volatil lorsque son résultat peut fortement varier. Un placement volatile_, c’est uniquement lorsqu’on investit dans un élevage de poulets.)_

  • L’investissement consiste à acquérir des actifs risqués qui ont de bonnes chances d’augmenter en valeur, tels que des parts d’entreprises (les actions), ou à prêter notre argent contre des intérêts, par exemple en achetant des obligations. En revanche, ces actifs peuvent aussi perdre beaucoup de valeur, parfois sur plusieurs décennies.

Le piège ? On garde souvent trop d’épargne non investie, sans même s’en rendre compte. Or cette épargne stérile n’est pas sans risque sur le long terme.

L'inflation, principal risque pour l'épargne

Le principal risque qui pèse sur l’épargne est l’inflation.

L’argent n’a pas d’intérêt en soi, ce n’est qu’un nombre. Seuls comptent les biens ou les services que l’on peut obtenir en échange de cet argent, maintenant ou dans le futur. C’est-à-dire la consommation permise par notre argent.

J’utilise le mot « consommation » au sens large, c’est-à-dire toute utilisation volontaire et définitive d’une partie de votre argent. Par exemple, faire un don à une association est de la consommation.

L’inflation, c’est quand une même somme d’argent permet de consommer moins aujourd’hui qu’hier. Si l’on garde des billets sous son matelas, la valeur nominale de notre magot reste toujours la même – tant que personne ne nous le vole et que la maison ne prend pas feu – mais son pouvoir d’achat, sa valeur réelle, chute au fil du temps.

Inflation en France : une érosion lente et continue

Dans les pays développés, l’inflation a été relativement faible depuis une quarantaine d’années. Elle ne ruine pas les épargnants du jour au lendemain, mais érode doucement la valeur de leur épargne.

Entre 2001 et 2021, l’inflation a été suffisamment douce pour que la rémunération du Livret A la couvre (tout juste) la plupart des années. Réussir à étaler l’inflation semblait plutôt facile.

Le taux d’inflation officiel ne reflète pas toujours les réalités individuelles. (Nous avons tous des habitudes de consommation différentes : le pouvoir d’achat d’un rural qui se déplace beaucoup en voiture thermique et se chauffe au fioul sera plus sensible aux variations du prix de l’énergie que celui du consommateur moyen.) Il reste toutefois un bon point de référence. Nous évaluons les variations des montants réels avec cette statistique fournie par l’Insee.

Livret A vs. Inflation

Quand l'inflation devient forte

Malheureusement, comme tous les indicateurs économiques, l’inflation est difficile à prédire. Elle peut connaître des bouffées sévères.

Cela a été le cas en 2022 et 2023, lorsque l’inflation a fait perdre plus de 10 % de la valeur de l’argent en France. C’est rude, mais nous avons été parmi les moins durement touchés en Europe. On ne vous parle même pas de certains pays émergents.

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Perte de pouvoir d'achat par pays en 2022 et 2023

L’inflation grignote lentement mais férocement votre bas de laine.

Livret A et inflation : un rendement réel négatif

Sur la décennie passée, l’inflation n’a pas été compensée par le rendement des placements à faible risque.

Si vous avez placé 1 000 € sur votre Livret A en 2014, votre compte affiche 1 135 € en 2024 grâce aux intérêts gagnés. C’est sa valeur nominale.

Toutefois, le pouvoir d’achat de cette épargne a baissé : en tenant compte de l’inflation, sa valeur n’est plus que de 944 €. C’est sa valeur réelle. Oui, même en comptant les intérêts gagnés.

C’est comme si vous pouviez acheter 1 000 kg d’herbe à votre capybara préféré en 2014, mais que vous ne pouviez plus lui en offrir que 944 kg avec la même somme en 2024.

Rendement réel négatif et érosion du capital

Entre 2014 et 2024, vous avez donc perdu du pouvoir d’achat : votre épargne a eu un rendement réel négatif de – 0,6 % par an.

En tenant compte de l’inflation, la valeur réelle de vos 1 000 € placés sur Livret A n’a pas la même allure ! Regardez la courbe verte :

L'art du Moonwalk : la valeur réelle du Livret A dans le temps

Ce niveau de pertes n’a rien de dramatique, mais sur le long terme, votre capital s’érode progressivement. (Ce niveau de pertes peut arriver en une seule journée sur les marchés actions.)

Il est frustrant d’épargner et d’avoir l’impression de faire du surplace.

Volatilité : le prix à payer pour battre l'inflation

Soyons clairs : l’inflation n’est pas uniquement l’ennemie de votre épargne. Elle impacte tous vos investissements. La différence est que les investissements plus volatils tendent à avoir des rendements à long terme supérieurs à l’inflation.

Certains investissements, eux, ont tendance à obtenir leurs meilleures performances pendant les pics d’inflation. C’est notamment le cas des matières premières, car la hausse de leurs prix est justement l’une des principales sources d’inflation. La réciproque est vraie : les matières premières ont tendance à avoir des rendements poussifs lorsque l’inflation est faible.

Pour battre l’inflation sur le long terme, il faut accepter quelques turbulences en cours de route. Ces turbulences ont un nom : la volatilité.

Autrement dit, le prix à payer pour réduire les risques sur le pouvoir d’achat à long terme consiste à augmenter significativement les risques à moyen et court termes.

Il y a quelques bonnes méthodes pour faire cela proprement et d’innombrables façons de mal le faire. Nous allons vous aider à faire le tri.

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Cette leçon est la cinquième sur vingt-quatre du parcours pédagogique Cayas.

Le parcours est gratuit. Il aborde les concepts essentiels de l’épargne et de l’investissement de manière ludique : des leçons de 10 minutes, des mini-jeux, sans jargon.

Son objectif est de permettre à chacun de progresser à son rythme avant de passer à l’action.


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