L'avis Cayas

Snowball a nuancé notre étude « Assurance-vie ou compte-titres ». On a refait les calculs.

20 March 2026
par
Guillaume Flament

Snowball a consacré une édition de sa newsletter à l’étude de Cayas comparant assurance-vie vs compte-titres : « ⚔️ Assurance-vie moins bien qu’un compte-titres ? Pas forcément. Comment choisir entre les deux ? »

Notre verdict : sur des horizons longs, le compte-titres gagne presque à tous les coups.

Yoann a nuancé la conclusion.  Et a profité de cette édition pour annoncer que Snowball réfléchit à lancer sa propre assurance-vie.

Voici notre réponse.

***

Chez Cayas, on n’est pas « anti-assurance-vie » ni « pro-CTO » par dogme. C’est juste qu’on calcule.

Notre boussole est l’optimisation de l’épargne des Français. Et notre avantage, c’est qu’on ne vend aucun produit financier et aucun contrat d’assurance-vie. Cette indépendance radicale nous permet de regarder les chiffres, objectivement.

C’est donc avec cette même rigueur que nous allons apporter quelques précisions aux remarques formulées par Snowball.

Commençons par le plus simple : sur plusieurs constats, nous sommes d’accord.

  • Les frais de gestion annuels de l’assurance-vie pèsent fortement sur le long terme.
  • L’abattement annuel après 8 ans réduit, voire annule l’impôt sur le revenu sur les gains retirés et avantage légèrement l’AV dans certains cas précis.
  • L’assurance-vie peut devenir la meilleure enveloppe dans certains cas : transmission en ligne indirecte (hors enfants/parents), ventes forcées, turnover élevé.

En revanche, nous ne sommes pas d’accord sur la conclusion. Dans nos simulations, dès que l’on se place sur des horizons longs (plus d’une vingtaine d’années) et des rendements raisonnables (5 % annuels ou plus), l’effet cumulatif des frais et le mécanisme de purge des plus-values suffit souvent à faire basculer l’avantage vers le compte-titres.

Même en optimisant les retraits et même en considérant un contrat d’assurance-vie compétitif.

1. Projets de vie et retraits : l’abattement aide, mais ne compense pas toujours les frais

Snowball suggère que nous nous sommes focalisés sur la transmission et que nous avons occulté l’intérêt des retraits partiels pour financer des projets en cours de vie.

Or, nous avons modélisé des stratégies de rentes et de retraits (investissements à 50 ou 65 ans).

Les chiffres montrent que si l’assurance-vie bénéficie d’un abattement fiscal après 8 ans, cet avantage ressemble à une victoire à la Pyrrhus :

  • Pour un rendement supérieur à 3-4%, l’absence de frais de gestion sur le compte-titres permet de conserver une base de capital si élevée qu’elle compense la fiscalité des retraits.
  • L’assurance-vie ne résiste que dans des cas spécifiques (rendements faibles, horizons courts).
  • Pour une personne de 30 ans qui construit un capital, le poids des frais de gestion annuels dépasse souvent l’avantage fiscal lors du retrait de plus-value de l’AV.

Abattement : oui, annuel, et pas réservé aux retraités

Là où Snowball a raison, c’est que l’abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) n’est pas un « bonus retraite ».

Il s’applique à tout détenteur d’un contrat de plus de 8 ans, quel que soit son âge.

On peut simuler une stratégie qui maximise cet abattement chaque année : on calibre alors le rachat pour retirer une quote-part de gains de 4 600 €, exonéré d’impôt sur le revenu et soumis seulement aux prélèvements sociaux de 17,2 %. Mais même ainsi, l’effet cumulatif des frais de gestion de l’assurance-vie viennent peser sur le résultat global.

Illustration. Mêmes hypothèses que dans l’étude : 100 000 € investis à 50 ans, rendement de 5 % par an, frais AV de 0,5 %, retraits 70→80 ans.

Pour un même retrait net dans la poche, calculons ce qui se passe de chaque côté des deux enveloppes.

Année 1 :

  • Retrait AV brut 7 858 € → Retrait AV net 7 067 € (taxes : 791 €)
  • Retrait CTO brut 8 786 € → Retrait CTO net 7 067 € (taxes : 1 719 €)

Le total sur les dix ans de retraits nous donne ceci :

Conclusion : même en maximisant l’usage de l’abattement (impôt sur le revenu nul sur les gains retirés), l’écart de frais annuels réduit la base de capital de l’AV. Le CTO reste devant dans cette configuration.

PS : Vous pouvez calibrer vous-même vos propres scénarios grâce au code qui a donné ces comparaisons : https://github.com/cayas-finance/cto_vs_av

Ou vous pouvez accéder à ce même code ici, dans une interface plus simple d’accès : https://app.cayas.fr/tools/cto-vs-av

2. Retraits en compte-titres : le PFU ne s’applique qu’à la plus-value

L’affirmation de Snowball selon laquelle « Dès que vous retirez de l’argent d’un compte-titres, vous payez le PFU » est inexacte et donne une mauvaise perception de l’effort fiscal.

La réalité : on ne taxe pas le retrait, mais seulement la quote-part de plus-value qu’il contient.

Pour un projet de vie (achat immobilier, études), une partie importante de la somme retirée correspond au capital initial, non imposé.

À l’inverse, les frais de gestion de l’assurance-vie s’appliquent chaque année sur 100 % du capital, que vous retiriez de l’argent ou non.

3. La transmission aux concubins/amis

Snowball nous reproche de ne pas avoir traité le cas des concubins ou amis, dont la transmission est taxée à 60 % hors AV. C’était un choix de clarté.

Notre étude modélise la transmission entre frères et sœurs, qui est taxée jusqu'à 45 %, et montre déjà que l'AV y est avantageuse. Si l'AV est avantageuse pour ce barème, elle le sera mathématiquement pour tous les barèmes plus punitifs.

Notre but est surtout d'identifier les zones de bascule complexes.

4. L'arbitrage : un luxe qui coûte plus cher que l'impôt

Snowball évoque la neutralité fiscale de l'arbitrage en AV comme un avantage décisif. Pourtant, nous avons simulé des portefeuilles complexes (Fond mixte à levier + Or + Managed futures) nécessitant un rééquilibrage annuel. Le résultat est sans appel : même avec un rééquilibrage strict et sans apport de cash-flow pour l'aider, le CTO l'emporte dans 84,4 % pour des cas de détention de 30 ans. La friction fiscale ponctuelle d'un arbitrage en CTO est moins destructrice que le prélèvement annuel de l’assureur de 0,5 % sur 100 % de l'encours.

Voici le résultat de la première étude à ce sujet :

Une autre analyse, modifiant la durée de détention des deux enveloppes, montre que l'avantage du CTO croît avec le temps avant de se stabiliser, car les frais de l'AV s'appliquent sur un capital de plus en plus massif, mais les plus values, générant des taxes dans le CTO s'accumulent aussi, finissant par dépasser les frais annuels de l'assurance vie.

L'avantage du CTO finit par s'inverser entre 50 et 60 ans. À ces horizons, la fiscalité des arbitrages annuels (taxés à 31,4 % sur la plus-value dans le CTO) finit par éroder la capitalisation plus lourdement que les 0,5 % de frais de gestion de l'assurance-vie.

Toutefois, ce modèle suppose un capital fermé, et unique, investi en lump sum. En pratique, un épargnant effectuant des versements réguliers (DCA) peut rééquilibrer son portefeuille sans vendre ses actifs gagnants, simplement en orientant sa nouvelle épargne vers les actifs sous-pondérés. Il pourrait aussi choisir de ne pas rééquilibrer strictement chaque année, mais laisser son portefeuille légèrement dériver. Cette stratégie de rééquilibrage éliminerait une partie de la friction fiscale du CTO.

Nous ne considérons pas non plus d’optimisation liée à la donation de titres du vivant. Cette optimisation est possible en CTO, et serait avisée dans le cas d’un investisseur ayant un CTO de plus de 6 millions d’euros !

Les hypothèses prises pour cette simulation sont donc plutôt sévères pour le CTO et plutôt favorables à l’AV.

Et pourtant, malgré tout ça, l’AV se retrouve dominée ici aussi.

5. La question du sanctuaire fiscal

Notre étude a été calibrée avec le cadre fiscal de 2026 (PFU CTO à 31,4 %), qui a épargné l’assurance-vie pour cette fois.

Mais historiquement, les hausses de prélèvements sociaux ont plutôt pénalisé l’assurance-vie (ils sont passés de 10 % à 17,2 % en 20 ans). Les hausses s’appliquent directement aux gains et amputent le capital net transmis.

Le compte-titres, lui, conserve un atout rare : la purge des plus-values au décès. Avec cet avantage, peu importe le taux des prélèvements sociaux puisqu’il y a exonération.

Miser sur l’assurance-vie comme protection contre l’instabilité fiscale est donc un pari risqué.

6. SCPI et fonds euros

Évoquer les SCPI et les fonds euros en assurance-vie décale un peu le sujet. Notre comparatif porte sur les enveloppes fiscales, pas sur les actifs éligibles dans ces enveloppes fiscales.

Par ailleurs, l’immobilier n’est pas forcément une classe d’actifs obligatoire pour tout le monde en investissement. Et à l’intérieur de cette classe d’actifs, les SCPI nous laissent particulièrement froids chez Cayas. Nous ne les recommandons pas et nous pensons qu’il existe d'autres sources de diversification bien plus intéressantes.

Nous reviendrons plus en détail sur les SCPI, qui méritent une étude à elles toutes seules. En attendant, quelques infos (et notre avis) sur le forum de Cayas ici et ici.

7. Financement : avance sur contrat, lombard et box spreads

Snowball cite l’avance sur contrat comme un avantage : l’assurance-vie permet d’emprunter en gardant son capital investi et sans « déclencher » de rachat.

Nous sommes d’accord sur l’utilité pratique, mais il faut comparer ce mécanisme à ses alternatives : en finance, il s’agit d’un financement collatéralisé.

En pratique, trois options reviennent souvent :

  • Avance sur contrat (assurance-vie) : crédit adossé au contrat, avec intérêts et conditions propres à l’assureur.
  • Crédit lombard / avance sur titres : crédit adossé à un portefeuille, avec un taux, des appels de marge possibles, et une flexibilité variable selon la banque ou le courtier.
  • Box spread (options) : montage d’options qui fixe un flux certain à l’échéance (combinaison de spreads call et put) ; économiquement, c’est un emprunt « synthétique » au taux implicite du marché.

Pourquoi les box spreads peuvent être intéressants :

  • Taux : le coût est implicite dans les prix des options et tend à se rapprocher des taux court terme du marché (avec une marge de liquidité). Dans la majorité des cas, cela permet d’accéder à des moyens de financement plus compétitif qu’un crédit lombard grand public.
  • Fiscalité (effet de report) : on peut obtenir des liquidités sans vendre les positions de long terme, donc sans matérialiser immédiatement des plus-values sur ces positions. Le coût d’intérêt est intégré au résultat du box spread, généralement constaté au dénouement (le traitement exact dépend du cadre fiscal et du courtier).
  • Fiscalité (moins-values mobilisables) : le coût du financement peut se traduire par une moins-value sur l’opération, potentiellement imputable sur des plus-values futures (par exemple lors d’un rééquilibrage), ce qui peut réduire l’impôt à payer à ce moment-là.

Contreparties : mise en œuvre plus technique (options, marge, liquidité, risques opérationnels) et nécessité d’être prudent sur le traitement fiscal effectif.

Enfin, sur la transparence des frais : nous partageons le diagnostic. Nos simulations supposent déjà un contrat compétitif ; avec des contrats bancaires plus chargés, l’écart est encore plus défavorable à l’assurance-vie.

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En bref, l’assurance-vie a ses cas d'usage, mais aussi de vrais angles morts pour beaucoup d’investisseurs. La seule manière de savoir si elle vous convient : calculer.

Testez par vous-même avec notre comparateur CTO/AV (le code est en open source ici).

Cela dit, merci Yoann d’ouvrir ce débat. C’est exactement ce dont les lecteurs ont besoin : des chiffres et des arguments, pour mieux comprendre leurs finances.

C’est comme ça qu’on fait avancer l’éducation financière. Et c’est une victoire pour tous les épargnants.

👉 Pour prolonger la discussion, rendez-vous sur le forum de Cayas.