Le risque visible : la volatilité
Investir en actions peut offrir des rendements élevés sur le long terme, mais s’accompagne d’une volatilité et d’un risque importants qu’il est essentiel de comprendre avant de se lancer en Bourse. Cet article explique comment les entreprises sont valorisées, pourquoi la diversification est indispensable et en quoi les krachs boursiers font partie intégrante du jeu. À travers des exemples historiques marquants — de la bulle Internet à la crise des subprimes — il montre que le principal danger n’est pas la baisse des marchés en soi, mais le moment où elle survient, notamment via le risque de séquence. L’article aborde enfin les dimensions psychologiques de l’investissement, démonte le mythe du « pas vendu, pas perdu » et insiste sur la nécessité de trouver un niveau de risque compatible avec ses projets de vie, afin d’investir avec discipline et sérénité.
Cet article est une reproduction autorisée de la leçon 6 du parcours pédagogique Cayas.
Investir en actions
Les actions font partie des grandes familles d’investissement, aux côtés de l’immobilier, ce chouchou des Français. (Devinez quoi ? L’immobilier est plus risqué qu’on ne le croit. C’est un sujet que nous verrons plus tard.)
Investir dans une action, c’est devenir copropriétaire d’une entreprise. (Mais comme dans une AG de copropriétaires, tout le monde se fiche de votre avis sur la façon de tenir la boutique. De toute manière, vous ne vous pointez pas aux AG et le syndic fait ce qu’il veut.) En tant que particulier, on achète généralement les actions à d’autres investisseurs en passant par la Bourse.
En investissant en actions, on espère que le prix de l’action va augmenter, voire que l’entreprise nous verse de temps en temps une partie de ses bénéfices sous forme de dividendes. Les dividendes n’ont pas d’importance en eux-mêmes. Ce qui compte, c’est la variation de la valeur totale de votre investissement, prix et dividendes inclus, après imposition. Nous en reparlerons dans la Ligne 3, station « Actions ».
Historiquement, les actions ont été un investissement très performant, mais également très risqué.
Investissement en actions : rendement élevé, risque élevé
Investir dans une seule entreprise, donc acheter une seule action, est risqué.
La perte d’un gros contrat, une nouvelle réglementation ou l’obsolescence d’une technologie peuvent assombrir considérablement les perspectives de bénéfices d’une entreprise.
Les bénéfices sont l’un des principaux critères pour valoriser les entreprises.
Le modèle des « Discounted Cash Flows » consiste à estimer les bénéfices et à considérer que plus les bénéfices sont lointains, moins ils ont de valeur maintenant. Cette méthode pour donner une valeur maintenant à de l’argent qui tombera dans le futur s’appelle une actualisation.
On peut utiliser l’actualisation pour prendre des décisions raisonnables à notre petite échelle individuelle. Pour le moment, retenez qu’on peut valoriser plein de choses en appliquant l’adage « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ».
La valeur d’une entreprise peut donc varier à cause d’événements imprévisibles, parfois insignifiants à l’échelle du monde.
Le 27 janvier 2025, l’annonce d’une innovation par une obscure start-up chinoise a entraîné une chute de 17 % de la valeur de Nvidia, l’une des entreprises mondiales les plus valorisées en Bourse.
L’impact de cette annonce sera-t-il durable sur la valeur des actions Nvidia ? Mieux vaut ne pas avoir à se poser ces questions en tant qu’investisseur individuel.
Pour réduire ces risques propres à chaque entreprise, mieux vaut investir dans un large éventail d’entreprises. Mais cela reste un investissement risqué, car certains événements impactent toutes les entreprises sans exception.

Volatilité des marchés actions : quand la Bourse décroche
Commençons par casser l’ambiance. Parlons d’une période qui a traumatisé de nombreux investisseurs et mis un coup dans l’aile à beaucoup de retraités outre-Atlantique.

Bienvenue dans la (grosse) décennie perdue : août 2000 - février 2015. (Ça n’a pas l’air comme ça, mais je suis un joyeux boute-en-train. La preuve : j’aurais pu vous parler de la crise de 1929, qui est probablement l’une des causes de la Seconde Guerre mondiale.)
En 1999-2000, les investisseurs deviennent euphoriques et surestiment la rapidité de développement d’Internet. Ils sont nombreux à concentrer leurs investissements et à suivre le mouvement, faisant exploser les prix d’actions technologiques dont le potentiel économique s’est rapidement avéré plus que douteux.
L’histoire de Pets.com est symptomatique : un simple vendeur en ligne de croquettes pour chiens qui faisait le chiffre d’affaires d’une boulangerie (allez, une grosse boulangerie) est valorisé la somme mirobolante de 300 millions de dollars à son entrée en Bourse.
Pets.com fait faillite en moins d’un an.
Les gens qui ont investi massivement là‑dedans longent encore les murs et les enfants leur jettent des cailloux. Ne les imitez pas.
Août 2000 : krach boursier.
Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ? Un nombre croissant d’investisseurs évaluent que les actions des entreprises sont trop chères et se mettent à les vendre massivement. La demande ne suit pas, donc les vendeurs baissent leur prix, ce qui incite d’autres investisseurs à vendre… Vous avez compris l’idée.
Indices boursiers et volatilité : le S&P 500
On peut voir cela dans les cours du S&P 500, le principal indice boursier américain.
Un indice est un nombre qui suit la valorisation totale d’un groupe d’entreprises, c’est-à-dire le prix cumulé de toutes leurs actions. On utilise souvent les termes de « capitalisation boursière ». Le S&P 500 regroupe schématiquement les 500 entreprises américaines cotées en Bourse qui valent le plus cher. (Il existe de très grosses entreprises et d’innombrables petites boîtes qui ne sont pas cotées en Bourse. C’est l’une des raisons pour lesquelles il ne faut pas confondre la Bourse et l’économie.)
À partir d’août 2000, cet indice a entamé une chute marquée. Cela a duré jusqu’en mars 2003, où la baisse a atteint 50 % de son niveau initial. (Je ne vous montre pas l’indice Nasdaq, très chargé en valeurs technologiques. Il a dévissé de – 80 %.)

Plongeon olympique pour le S&P 500
Crises financières successives
Un krach en cache parfois un autre. En 2007, alors que les actions peinent encore à se remettre du choc précédent, voilà que débarque le second effet Kiss Cool.
Le marché des crédits immobiliers, transformés en produits d’investissement de masse, se révèle particulièrement vérolé. (Si vous vous intéressez aux gens en costard cravate qui profèrent des nombres avec plein de zéros dedans, les films The Big Short d’A. McKay et Margin Call de J. C. Chandor traitent de cette période.)
Rebelote : le S&P 500 dévisse, cette fois avec encore plus de dégâts, car de très grandes entreprises font faillite. C’est le début d’une des plus grosses récessions de l’histoire.

Krach Krach
Il a fallu pas loin de quinze ans pour que l’indice boursier américain revienne à son niveau de départ en termes réels. (C’est-à-dire ajustés de l’inflation et en regardant en euros et non en dollars. Eh oui, investir en devises étrangères comporte aussi des risques !)
C’est très long dans une vie d’investisseur ou d’investisseuse.
La combinaison « bulle Internet + crise des subprimes » a été l’un des pires épisodes de l’Histoire, avec la Grande Dépression de 1929 (– 90 % sur les actions américaines) et la Stagflation de 1973 (dix ans pour revenir à zéro en termes réels).
Certes, le marché a toujours fini par se rétablir et ce sera vraisemblablement encore le cas dans les crises à venir.
(Hormis pour les investisseurs russes en 1917 et chinois en 1949, lorsque la collectivisation de ces pays les a totalement liquidés. Parfois au sens propre.)
Risque de séquence : le vrai danger pour les investisseurs en actions
Le vrai problème des investissements en actions, ce ne sont pas les crises elles-mêmes, mais le moment où elles frappent. On n’a pas toujours la possibilité de reporter ses dépenses à la décennie suivante.
Si l’on subit un krach en début de retraite, on va devoir vendre plus d’actions lorsqu’elles sont au fond du trou. Cela va avoir un impact durable sur le complément de retraite qu’on peut s’octroyer grâce à son capital.
Imaginons deux personnes qui ont pris leur retraite en août 2000 avec 100 000 € et qui veulent retirer 270 € par mois de leur portefeuille, en ajustant ce montant à la hausse au fil du temps pour maintenir leur pouvoir d’achat, c’est-à-dire en retirant un montant réel constant.
Benoît a investi à 100 % sur le S&P 500. Laura a 50 % en actions et le reste sur des livrets. Regardons l’évolution de leur magot :

Jusqu'ici tout va bien. Jusqu'ici...
À votre avis, qui a eu le plus de nuits blanches pendant cette décennie ?
Cette éventualité de se prendre des gadins au pire moment, lorsqu’on doit utiliser son capital, s’appelle le risque de séquence. C’est un sujet important que nous étudierons en profondeur ultérieurement.
Investissement, risque et projets de vie : trouver le bon équilibre
Lorsqu’on a des revenus professionnels réguliers, un gros krach sur nos placements n’est pas aussi grave. Si le krach survient lorsqu’on commence à accumuler, on va pouvoir acheter des actifs à prix bas, qui vont se valoriser de manière importante pendant la remontée.
Toutefois, posséder un portefeuille trop risqué pendant sa vie active peut sérieusement limiter nos options. Cela peut nous forcer à reporter l’achat d’une résidence principale, nous empêcher de nous reconvertir alors qu’on en a ras les bottes de notre métier actuel, faire avorter un lancement d’entreprise, nous forcer à dire adieu à une année sabbatique pour voyager ou s’occuper de nos enfants…

Le temps est inexorable et limité. Savoir qu’on va se refaire demain ne compense pas les projets abandonnés aujourd’hui.
Discipline, psychologie et volatilité en Bourse
Investir une grande partie de son patrimoine dans des actifs risqués comme les actions demande aussi beaucoup de discipline.
Si votre portefeuille plonge de – 10 %, puis – 20 %, puis – 30 %… jusqu’à – 40 % ou pire… Vous allez vous demander si la chute s’arrêtera un jour. La peur et la tentation de vendre pour faire cesser la douleur seront de plus en plus grandes.
Si vous cédez vos investissements dans le rouge et que vous refusez durablement de prendre de nouveau du risque dans vos investissements, vous perdez toute possibilité de profiter d’une remontée des prix.
« Pas vendu, pas perdu » : un mythe dangereux
Attention, l’adage « pas vendu, pas perdu », que vous avez peut-être déjà entendu, est fallacieux ! C’est l’un des innombrables biais cognitifs à combattre en investissement. La valeur de votre patrimoine est la somme d’argent que vous auriez sur votre compte en banque si vous bazardiez tout ce que vous possédez.
Si vos actions se sont cassé la figure, vous avez perdu de l’argent et ça a un impact sur votre pouvoir d’achat. Il n’y a pas à tortiller du popotin. (L’adage « pas vendu, peut-être que ça remontera plus tard » est plus véridique, mais moins aguicheur.)
Déterminer son niveau de risque en investissement
Votre mission : trouver le niveau de risque qui vous évitera de sauter du bateau en pleine tempête.
Il existe différentes façons d’évaluer cette tolérance au risque. Voyons ça ensemble.

Cette leçon est la sixième sur vingt-quatre du parcours pédagogique Cayas.
Le parcours est gratuit. Il aborde les concepts essentiels de l’épargne et de l’investissement de manière ludique : des leçons de 10 minutes, des mini-jeux, sans jargon.
Son objectif est de permettre à chacun de progresser à son rythme avant de passer à l’action.

