Manon, épisode 1 : L’immobilier ou le casse-tête parisiano-bordelais

08 July 2026
par
Marine Hermenault

Parlons de Manon.

33 ans, passionnée de théâtre, cadre dans une boîte du CAC 40, maman d’un petit loulou de 2 ans, propriétaire de son appart, fraîchement mariée. Et 28 000 € sur son compte courant. (On y reviendra.)

Manon prend des décisions financières stratégiques toute la journée : elle connaît son P&L par cœur et jongle avec des budgets à six chiffres avant son deuxième café. Côté perso, même rigueur : le fichier Excel color-codé de son mariage aurait fait pleurer de joie un contrôleur de gestion : fournisseurs, acomptes, budget prévu et réalisé, et (je vous jure, je n'invente rien) un diagramme de Gantt.

Bref, Manon maîtrise. Sauf une chose.

Ce qui la mine, c’est l’incertitude

Quand on s’est rencontrées pour la première fois, je lui ai posé ma question habituelle : qu’est-ce qu’elle attend de mon accompagnement ? comment je peux l’aider concrètement ?

J’ai eu droit à un flux de conscience digne de Virginia Woolf :

« Je pense qu'on va quitter Paris pour aller vivre à Bordeaux. Enfin on y réfléchit, mon conjoint a une opportunité de mutation l’année prochaine, et on aimerait bien avoir un deuxième enfant mais c’est vrai qu’on se voit pas vivre à Paris avec deux enfants, d’un autre côté ça peut prendre du temps, ma meilleure amie a mis presque deux ans avant de tomber enceinte, du coup je suis pas sûre de si on aurait besoin de plus grand tout de suite, mais j’aurais pas envie de déménager enceinte, et je sais pas si ce serait mieux de vivre en centre-ville ou plus loin avec un jardin, parce que ça veut aussi dire plus de temps de trajet mais il y a la question de la crèche, et les prix de l’immobilier sont quand mêmes élevés, donc est-ce qu’il faudrait que je vende mon appart pour récupérer l’apport, mais ça me ferait mal de m’en séparer, en plus j’ai un super taux, mais est-ce que je peux acheter sans vendre… »

Clairement, Manon avait des choses sur le cœur.

Mon job de conseillère financière : retrouver le fil d’Ariane

Les projets de Manon se bousculent dans sa tête, s’entrechoquent, et parfois se contredisent. Mon rôle, c’est vraiment ça : repérer le fil d’Ariane au milieu de cette joyeuse pelote de projets, puis le dérouler dans le bon sens.

Ensemble, on a construit un plan financier sur mesure qui tient compte de critères financiers (son profil de risque, les rendements espérés, l’optimisation des frais et de la fiscalité)… et aussi de tout le reste : l’extra-financier qui ne tient dans aucune case Excel mais qui décide de tout.

Une bonne stratégie financière, ce n'est pas forcément celle qui maximise le rendement. C'est celle qui permet de construire la vie qu'on a vraiment envie de vivre.

Pour Manon, ce fil-là commençait par l'immobilier. C'est le pivot dont dépend tout le reste. On a donc démarré là. Parce qu’aussi émotionnelle que soit la question, elle se tranche en partie avec des chiffres. Coût réel de la propriété, capacité d'emprunt, cashflow : tout ça se calcule.

D’abord, poser les chiffres

On a récapitulé sa situation actuelle en posant les chiffres clés :

La situation financière de Manon dans Cayas

Puis on a regardé en face le coût total de la propriété de son appartement parisien. Pas seulement le crédit : le loyer potentiel qu’elle pourrait en tirer (en tenant compte de l’encadrement des loyers), les charges, les taxes, les travaux à prévoir dans les années qui viennent avec une marge de sécurité, les frais d'une gestion déléguée…

Une fois tous les flux annualisés, le verdict est tombé : garder son appart l’obligerait à sortir de sa poche environ 9100€ par an, soit 758€ par mois d’épargne forcée dans ce bien. Rien d'étonnant, d'ailleurs : tous les biens immobiliers ne sont pas forcément de bons investissements locatifs. On le répète, l’investissement immobilier, c’est comme les antibiotiques : ce n’est pas automatique.

« Bordeaux sans vendre Paris » : possible, mais…

On est ensuite passées à la simulation de ses projets. On a ajouté l’achat d’un appartement à Bordeaux à 50/50 avec son époux, avec un apport total de 80 000 €.

Consulter les sites d’annonces est devenu le passe-temps des transports de Manon, et elle voit des choses sympa passer dans une fourchette de prix entre 400 000 € et 440 000 €.

L'estimation du projet d’achat à Bordeaux (les 50 % de Manon)
La simulation d’achat d’un appartement à Bordeaux dans Plan de vie

L'outil nous livre tout de suite une info précieuse : oui, acheter à Bordeaux sans vendre l'appartement parisien, c'est faisable.

Mais possible ne veut pas dire confortable. La capacité d'endettement du foyer frôlerait le plafond : peu de marge chaque mois pour encaisser un imprévu, un changement professionnel… ou l'arrivée tant espérée du deuxième enfant.

Les flux de la simulation de Manon dans Plan de vie

Sa capacité d’épargne, c’est-à-dire la différence entre ses revenus nets après impôts et ses dépenses totales, tomberait à 3 315 € par an soit 276,25 € par mois. C’est 2 433 € d’épargne en moins que maintenant.

Et il y a tout ce qu'on oublie souvent dans un grand changement comme ça : le coût du déménagement, ou le fait de meubler un logement deux fois plus grand.

On n’oublie pas les frais : on les range en « dépenses exceptionnelles »

Et si on essayait autrement ? (et encore autrement ?)

Avec les scénarios alternatifs, on a testé différentes variantes :

  • Plus grand mais plus loin ?
  • Commencer par louer avant d’acheter ?
  • Vendre Paris ?

On a tout passé à la moulinette.

Et là, c’est assez magique : une fois que les chiffres parlent, les décisions deviennent beaucoup plus simples à prendre.

Les décision de Manon

  • Tester avant de s’engager. Manon et son compagnon ont mis de l’argent de côté pour passer plusieurs week-ends à Bordeaux et explorer les Airbnb de différents quartiers.
  • Louer d'abord. Au moins un an, le temps de vérifier que cette nouvelle vie leur convient, et de chercher tranquillement leur maison pour la prochaine décennie. Pour un engagement de cette ampleur, mieux vaut tester que regretter.
  • Lâcher Paris, en douceur. L'appartement parisien part d'abord en location temporaire, puis en vente quand ils chercheront sur Bordeaux. Manon pourrait le garder, bien sûr. Mais le bien serait en cashflow négatif, et elle ne se voit pas gérer une location dans une ville où elle n'habite pas. Pas de regret : juste un calcul lucide.
  • Budgéter le vrai coût du changement. Déménageurs professionnels, petits travaux, et de quoi meubler deux fois plus de mètres carrés : tout est inscrit dans le plan.

Ça, c’est fait. ✅

La suite au prochain épisode

On enchaîne bientôt sur ses questions de vie pro : passer freelance ? Lever le pied ? S'arrêter un moment ?

Avec, dans les bagages, les grandes questions qui vont avec :

  • Comment prioriser financièrement ce qui compte vraiment pour elle ?
  • Que faire si le ciel lui tombait sur la tête ? (le fameux scénario catastrophe)

Et enfin, le plan concret pour ses investissements.

Non, je n'ai pas oublié les 28 000 € qui roupillent sur le compte courant…

Affaire à suivre ;)

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