Manon, épisode 2 : Vivre pour travailler, ou l’inverse ?

13 July 2026
par
Marine Hermenault

Précédemment dans la vie de Manon : un casse-tête immobilier, des simulations, et une décision. 👉 Lire l'épisode 1

On retrouve Manon pour cet épisode 2.

33 ans, passionnée de théâtre, cadre dans une boîte du CAC 40, maman d’un petit loulou de 2 ans, propriétaire de son appart, fraîchement mariée. Et 28 000 € sur son compte courant. (On y reviendra. Promis.)

La semaine dernière, on a démêlé son dilemme immobilier. Aujourd'hui, on s'attaque à un sujet plus intime qu'il n'en a l'air : ses revenus.

Côté boulot : « toujours vers le haut »

Je comprends assez vite que le travail est une source de fierté pour Manon, qu'une partie de son estime d'elle-même est intimement liée à sa réussite professionnelle. Elle résume son parcours salarial d'une formule amusée : « Toujours vers le haut. »

Plus pour longtemps, peut-être ?

Parce qu’il y a, dans son plan de vie, trois projets capables de faire baisser son revenu, ou de le rendre plus instable…

  • Un congé parental, pour accueillir une deuxième petite merveille.
  • Un projet pro aux revenus incertains.
  • Un projet créatif perso, qui nécessite du temps et de la « disponibilité intérieure ».

On les a pris un par un.

Un deuxième bébé, et la vérité sur les congés

L’une des premières choses que Manon m’avait confiées, c’était son envie d’agrandir la famille dans les deux-trois ans à venir.

Pour leur premier enfant, c'est son époux — plus flexible côté boulot — qui avait couvert la première année. Cette fois, peu probable : il va prendre un nouveau poste à Bordeaux. Et Manon, elle, a envie de prendre ce temps-là.

Sauf qu'entre « avoir envie » et « pouvoir se le permettre », il y a un tableau de chiffres. Je lui déroule les règles du jeu :

  • Congé maternité : son employeur maintient son salaire. RAS.
  • Congé supplémentaire de naissance : à son niveau de rémunération, elle bute sur le plafond de la Sécurité sociale, 4005 €. Elle toucherait environ 2800 € le premier mois, puis 2400 € le second. Soit une perte d'environ 5600 € sur deux mois.
  • Congé parental : là, on change carrément d'échelle. On parle d’un revenu d’environ 460 € par mois. Sur une année complète, c'est près de 59 000 € nets en moins, après impôts.

59 000 € est donc le prix d'une année entière auprès de son nouveau-né. À Manon de décider si c’est ce qu’elle veut vivre, après avoir vu les chiffres.

Direction la simulation Cayas.

La simulation de Manon : une année de congé parental sans vendre l'appartement parisien

Aïe. Ça casse. Pas assez de liquidités pour encaisser l'année de congé parental.

La leçon du patrimoine liquide

Vous vous souvenez de l'épisode 1 ? Je vous disais qu'on pouvait garder l'appartement parisien en location, au prix d'une partie de la capacité d'épargne. Rejouons la simulation, ce bien dans la balance.

La simulation de Manon : cette fois, en vendant l'appartement parisien. Pas la même tête.

C’est là  qu’apparaît tout l’enjeu du patrimoine liquide, c'est-à-dire l'argent disponible facilement et rapidement : comptes, livrets, ou placements financiers qui se revendent vite et bien.

Sur le papier, Manon est riche : près de 100 000 € sont là, dans son appartement parisien. Sauf que la banque n'accepte pas les mètres carrés comme moyen de paiement : on ne peut pas vendre juste le balcon pour payer les couches.

Quand on parle liquidité, la vraie question n'est pas « combien vaut mon patrimoine ? », mais « quelle part est réellement mobilisable au service de mes projets ? ». Avoir des investissements liquides, c'est avoir des choix.

Dans le cas de Manon, si elle décidait de vendre son appartement, son année de congé parental deviendrait finançable.

En bref, la liquidité est une sacrée protection, surtout quand on s'apprête à toucher des revenus… moins réguliers.

Tout plaquer pour le freelance ? La carte qu’on retire de la table

Vous connaissez peut-être. Le ras-le-bol corporate. La tentation de laisser la politique interne derrière soi. Et les sirènes qui susurrent à l'oreille des gens pleins d'initiatives qu'il existe une autre voie, celle où l'on choisit son rythme, ses missions, où le travail est payé à la hauteur de la valeur qu'on apporte.

Tous les quelques mois, Manon se pose la question. Elle côtoie pas mal d'externes dans ses équipes, et plusieurs anciennes collègues ont sauté le pas.

Mais le salariat a ses atouts, surtout quand on prévoit d'agrandir la famille et de signer un crédit immobilier à court terme. On a quand même simulé le scénario alternatif mais honnêtement, on l'a évacué assez vite.

Le vrai bénéfice, ce n'est pas le résultat de la simulation. C'est d'en avoir parlé ouvertement, et d'avoir retiré cette carte de la table pour les trois-quatre prochaines années. Fini les doutes et les « et si ? ».

Le projet qu’elle a failli ne pas me dire

Un autre projet a mis plus de temps à émerger.

Petite parenthèse : dans cet article, je déroule les sujets bien proprement, l'un après l'autre. Dans la vraie vie de nos rendez-vous, c'est un travail de clarification fait d'allers-retours, de fils qu'on tire et qu'on rembobine. C'est tout le but, après tout : vous faire réfléchir. (Le fil d'Ariane, je ne le lâche jamais.)

Manon m'en a parlé avec une hésitation que je ne lui connaissais pas. Presque en s'excusant de me faire perdre mon temps. Une idée « comme ça », « que je ferai sans doute jamais, mais… »

Le projet : écrire et jouer une pièce de théâtre sur son expérience de dépression post-partum.

Elle est très émue quand elle raconte l'impact de la naissance de son fils sur sa santé mentale. C'est le théâtre qui l'a sortie du couches-boulot-(non)dodo, qui lui a rouvert un espace pour souffler et se retrouver.

Le hic : pas jouable du tout avec son poste actuel et le reste de ses obligations. Pas assez de temps. Pas la « disponibilité intérieure » qu'un projet aussi personnel réclame.

Il lui faudrait réduire son temps de travail (80 % ?) ou carrément poser un congé sabbatique de plusieurs mois pour l'écriture.

Alors on l’a simulé.

La simulation de Manon : avec le projet écriture

Sans grande surprise, après les simulations précédentes : financièrement, aucun problème. Même en gardant le même niveau de contribution au foyer.

Oui, les flux passeraient dans le rouge sur la période, mais ce n’est pas un problème. Il y a des saisons où l'on épargne, et d'autres où l'on consomme ce qu'on a mis de côté.

C’est même à ça que servent vos investissements : vivre les projets qui vous tiennent à cœur. On le redit : tout l’argent que vous gagnerez dans votre vie finira dépensé — par vous maintenant, par vous plus tard, ou par d'autres après vous. Tout l'enjeu, c'est de placer le curseur au bon endroit entre ces trois-là.

La simulation de Manon : avec le projet congé parental et le projet écriture. La totale !

Ici, l'obstacle n'est pas financier. Il est ailleurs : comment réunir les conditions pour que ces projets existent vraiment ?

Les décisions de Manon

Pour l'instant, on ne change rien. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne s'est rien passé : pour Manon, avoir les idées claires, c'est la destination, pas une simple escale.

Vous n’avez pas besoin de tout faire valser dès que vous repérez un truc qui cloche.

Et l'inverse est vrai aussi : n’attendez pas que les planètes s'alignent pour réfléchir à la vie que vous avez vraiment envie de vivre. Faites ce travail dès que possible.

Pour Manon, ça donne donc :

  • Changer de poste : non. Elle prépare le terrain pour le conserver malgré le déménagement à Bordeaux.
  • Prendre un congé supplémentaire de naissance : oui.
  • Prendre un congé parental : probablement non.
  • Faire son projet théâtre : plus tard. Mais c'est une promesse, pas un enterrement.

Ça, c'est fait. ✅

Le déclic est venu du pire

Vous voulez savoir ce qui a donné à Manon le courage de me parler de son projet théâtre ?

Une heure. Passée ensemble à simuler les pires. scénarios. imaginables.

Décès de son époux, maladie, divorce, perte d'autonomie de sa maman, dégât des eaux cataclysmique, chute de revenus, effondrement du système des retraites…

Paradoxalement, regarder le pire en face a été un immense soulagement pour elle.

La suite au prochain épisode

On verra pourquoi il y a du bon à penser au pire.

Et on finira bien par s'occuper de ces 28 000 € qui roupillent toujours sur le compte courant. (Non, je ne les ai pas oubliés.)

Affaire à suivre ;)

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